
Le retour d’un moteur Renault n’est pas à l’ordre du jour mais en coulisse, les tergiversations autour de la future réglementation technique pourraient favoriser un mouvement en ce sens. La Fédération Internationale de l’Automobile mène actuellement des discussions avec les acteurs impliqués pour simplifier le prochain moteur, afin de le rendre moins coûteux, plus facile à exploiter et spectaculaire. À cela s’ajoute la volonté de proposer un bloc alternatif standard pour les structures indépendantes, afin de s’affranchir du va-et-vient des constructeurs et de l’influence politique de ces derniers. Des directions appréciées par le Losange, mais la priorité n’est pas donnée au développement d’un nouveau moteur maison.
Les nostalgiques de Viry-Châtillon que nous sommes devront attendre. Le retour d’un moteur Renault n’est pas, aujourd’hui, dans la stratégie du constructeur français. Engagé dans un redressement avec son équipe, la volonté à court terme du Losange est de faire d’Alpine une structure solide capable de jouer devant, en capitalisant sur une stabilité retrouvée depuis plusieurs mois, et un moteur Mercedes client. Un plan étape par étape dont la première consiste à marquer des points régulièrement. La saison 2026 s’inscrit dans cette mouvance, même si l’on constate une baisse de régime sur les derniers rendez-vous.
La Formule 1 fait cependant face à une sérieuse remise en question de sa réglementation moteur. Avec une part de l’électrification nettement renforcée, les pilotes sont contraints de consacrer une partie du pilotage à la gestion de la batterie, plutôt qu’à l’attaque des courbes. De quoi donner lieu à des manœuvres étonnantes en piste, parfois dangereuses. Au terme de longues et parfois douloureuses discussions, la FIA et les motoristes impliqués se sont accordés sur des ajustements, notamment sur un rééquilibrage en faveur du thermique. Une dépendance à l’électrique diminuée au cours du régime réglementaire actuelle, et probablement nettement réduite pour le prochain cycle à l’horizon 2030.
Sans abandonner complètement l’hybride – ce terme garde un pouvoir marketing majeur pour la Formule 1 et les constructeurs -, l’idée est de revenir à un bloc plus conventionnel, spectaculaire par l’architecture et le bruit, facile à exploiter et nettement moins cher à développer. Si le V10 fut un temps évoqué, le V8 trouve un net consensus en étant couplé à un carburant durable. L’hybridation sera elle présente, mais limitée à un niveau restant à déterminer, probablement autour de 10-15%. La FIA est déterminée à adopter cette solution et forcera son arrivée pour 2031 si aucun accord n’est trouvé pour un lancement dès 2030. Les constructeurs semblent cependant favorables à l’idée.
" Si je demande aux constructeurs actuels s’ils produisent des voitures avec un V10… c’était une époque où beaucoup le faisaient, mais aujourd’hui, non ", expliquait il y a quelques semaines Mohammed Ben Sulayem, le Président de la FIA. " Le plus populaire et le plus simple à exploiter, c’est le V8. Vous avez le son, moins de complexité, un poids réduit. Vous en entendrez parler très bientôt, et ce sera avec une électrification très, très limitée, mais l’essentiel viendra du moteur thermique. "
" Ce ne sera pas comme aujourd’hui, avec une répartition 50-50. Il y aura très peu d’énergie électrique, […], cela pourrait représenter 10 %, peut-être 15 %, mais nous ne reviendrons certainement pas aux 46 % environ d’électrification que nous avons aujourd’hui ", ajoute-t-il.
Lors du Grand-Prix de Monaco, Renault disait suivre de loin les tractations et se positionner dans un esprit de consensus plutôt qu’imposer sa vision. De nouveau présent dans le paddock de Silverstone, son CEO François Provost s’est montré plus loquace à ce sujet. Le Losange soutient le retour du V8 mais insiste pour garder une part d’électrification, comme un grand nombre de motoristes engagés à l’image de Mercedes et Honda. La proposition de la FIA est donc reçue positivement par la firme de Boulogne-Billancourt. De quoi encourager un retour ? Sans fermer totalement la porte, l’homme fort de Renault écarte l’idée à moyen terme.
" Je soutiens l’orientation vers le V8, mais ce n’est pas parce que cela pourrait représenter une opportunité pour Renault de revenir en tant que motoriste ", explique François Provost dans un entretien accordé à The-Race.com. " Ce n’est pas notre stratégie. On ne peut jamais dire jamais. Bien sûr. Mais encore une fois, ma priorité absolue est le redressement à court terme et la mise en place de bases solides pour définir une vision et une nouvelle ambition pour l’équipe. C’est ma seule priorité, pas un retour comme motoriste. "
" J’aimerais conserver une part d’électrification, car partout dans le monde, nos clients la demandent. Et Renault est un leader dans les véhicules électriques et les technologies full hybrid. Donc, si nous pouvons conserver une composante électrique, ce serait une bonne chose. Mais dans l’ensemble, je soutiens l’orientation prise par la F1 et la FIA ", ajoute-t-il.
Au-delà d’apprécier une présence physique et médiatique plus régulière de François Provost sur les Grand-Prix de Formule 1, sa déclaration tranche avec celle, étonnante, du Président de la FIA dans ce même paddock de Silverstone. Mohammed Ben Sulayem s’en est allé à de petites confidences comme lui seul aime le faire, pour affirmer qu’Alpine se tient prêt à développer son propre moteur si la réglementation du V8 est adoptée avec une nette réduction des coûts.
" McLaren nous a dit qu’ils le feraient. Ensuite, vous avez Alpine, qui ferait également son propre moteur. Cela fait déjà deux équipes qui disent : ’Très bien, merci’. Ensuite, vous pourriez avoir de nouveaux motoristes, peut-être même davantage qu’aujourd’hui. Et c’est une bonne chose ", a-t-il révélé dans des propos également partagés par The-Race.com.
Le puissant dirigeant de la Fédération Internationale de l’Automobile a peut-être une autre idée pour faire revenir un constructeur comme Renault, avec la volonté d’un moteur unique pour les écuries indépendantes. Également soutenue par Stefano Dominecali – l’autre acteur très influent en charge de la partie commerciale de la Formule 1 sous l’égide de la FOM -, cette règle consisterait à mettre à disposition des structures privées et non-affiliées à un constructeur un moteur unique sélectionné par la FIA, probablement à travers un appel d’offre, à la façon d’un Cosworth de 2010 à 2013.
Trois objectifs majeurs pour la FIA et la FOM avec cette proposition. D’une part, s’affranchir du départ des constructeurs dont le va-et-vient provoque parfois des crises majeures pour les structures laissées-pour-compte. Ensuite, il y a la volonté de limiter l’influence politique de ces marques à travers la fourniture des moteurs. On le sait, les accords impliquent souvent un soutien du client à son motoriste pour tous les votes et décisions relatifs à la gouvernance de la Formule 1, bien sûr dans l’intérêt du constructeur. Enfin, apporter un moteur unique, c’est aussi garantir un prix compétitif pour des équipes souvent moins dotées financièrement.
Avec Alpine sur les grilles, Renault pourrait cependant entrer dans un conflit d’intérêt et s’exclure d’un appel d’offre. Viry-Châtillon peut toutefois jouer sur sa carte indépendante depuis le lancement d’Alpine Tech où elle peut fournir ses services à d’autres entités, comme elle le fait en Formule E avec Nissan. On plaît d’ailleurs à comparer le " nouveau Viry " à Cosworth. Nous pourrions même aller plus loin et imaginer Horse Powertrain se positionner sur un tel montage pour appuyer son image de motoriste pointu à la disposition de tous. La Formule 1 et ce moteur standard seraient un outil marketing idéal, et à moindre frais puisque le bloc serait certainement financé par la FIA.
" C’est un moteur clé en main ", comme se plaît à le présenter Mohammed Ben Sulayem. " Il n’y aura plus de contrôle d’une équipe A sur une équipe B qu’elle fournit en moteurs. Si c’est financièrement abordable, alors nous aurons un moteur unique pour le reste des équipes B, afin que personne ne puisse exercer de pression sur elles en leur disant : ’Votez de cette façon, sinon vous n’aurez pas un bon moteur’. "
" Ce sera un moteur sélectionné par la FIA et autorisé pour les équipes. Ainsi, nous contrôlerons la neutralité, la puissance et les coûts. Nous ne pouvons pas simplement laisser faire et dire : ’Allez voir X, Y ou Z’. Les prix peuvent varier, mais la FIA restera toujours l’arbitre ", ajoute-t-il.
Reste à voir comment ce moteur pourrait s’intégrer dans des structures " officielles " comme Alpine, McLaren ou encore Aston Martin. Le moteur unique se devra d’être à minima aussi performant que les blocs usines, de quoi générer des questions sur l’équilibrage des performances à l’image de l’ADUO qui, aujourd’hui, soulève déjà de nombreuses interrogations. Il ne faudrait pas non plus que cela dissuade les constructeurs à développer leur propre bloc. Un vrai casse-tête réglementaire, financier et politique !
La Formule 1 n’a de fait pas terminé ses nombreuses discussions, bien que l’on puisse entrevoir une direction assez claire pour l’horizon 2030. Le retour d’un moteur Renault, reste, à ce stade, peu probable mais l’orientation de la discipline abonde au moins dans l’intérêt du Losange. Avec le temps, la stratégie pourrait évoluer et donner une opportunité de relancer la machine. Certainement pas à court terme où la volonté première est de voir Alpine remonter la pente, mais comme le dit si bien François Provost, " il ne faut jamais dire jamais "…
Des points difficiles pour Alpine à Silverstone
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Des fortunes diverses et quelques points pour Nissan à Shanghai