
En perte de vitesse sur la piste après un début de saison encourageant, Alpine reste en course pour atteindre son objectif sportif fixé pour la campagne 2026. Déjà présente dans le top 6 des constructeurs, l’écurie française attend de futurs développements prévus après la pause estivale pour grimper plus haut dans la hiérarchie. En coulisse, le travail bat son plein pour consolider ses fondations, avec l’accent mis sur la stabilité, les investissements et les revenus. Un travail de longue haleine visant à renforcer sa crédibilité sur la grille.
Etape par étape, Alpine veut se reconstruire après des années de turbulences. C’est l’objectif fixé par François Provost à son arrivée à la tête du groupe Renault en juillet 2025. En sacrifiant la précédente saison et son moteur usine, le A fléché a pu regagner le peloton cette année. Si l’ensemble reste fragile à la lumière des attentes élevées et en comparaison avec certaines rivales, Alpine respecte le plan de marche fixé par sa Direction, à savoir un top 6 au classement des constructeurs.
" L'année dernière, j'ai promis à Renault que l'année suivante nous serions dans les six premiers ", estime Flavio Briatore au cours d’une interview accordée à The-Race.com. " Si nous y arrivons, peut-être que nous serons dans les cinq premiers. Mais passer de la P10 à la P6, c'est déjà en bonne voie. C'est ce que j'avais promis. "
" Mais nous avons une excellente relation avec Mercedes. Nous avons le groupe motopropulseur Mercedes, ce qui change complètement l'état d'esprit de tout le monde ici. Au moins, nous savons qu'une partie de l'équipe possède ce qu'il y a de meilleur. Nous avons aussi la boîte de vitesses Mercedes et maintenant nos ingénieurs travaillent depuis le nez de la voiture jusqu'au pilote, parce que c'est là que se situe notre problème ", ajoute-t-il.
L’accord avec Mercedes permet en effet de mettre en lumière les faiblesses de l’équipe. L’époque où Viry-Châtillon portait tous les maux est révolue, car non le moteur français n’était pas la principale faiblesse et cette saison 2026 vient le démontrer. Il n’est toutefois pas question pour Alpine de mener une énième révolution de palais. La structure est en place et continue de se renforcer à travers les outils grâce à de grands investissements menés à l’usine.
" Nous avons tout pour gagner ", poursuit le flamboyant italien. " Et nous investissons beaucoup d'argent en CapEx dans l'usine. Nous avons tout. Nous devons simplement assembler les pièces du puzzle. Pour cela, il faut être un peu plus créatif que nous ne le sommes aujourd'hui et prendre davantage de risques que nous n'en prenons actuellement. "
" Mais je suis convaincu que cette équipe peut gagner. Je ne sais pas pourquoi nous ne gagnons pas. Je ne sais pas pourquoi nous ne battons pas McLaren. Je ne sais pas pourquoi nous ne battons pas Ferrari. Nous l'avons déjà fait auparavant. C'est seulement une question de croire en ce que vous faites. C'est une question d'oser rivaliser avec ces équipes. Et bien sûr, il faut une première année. C'est la première année où nous avons enfin un peu toutes les pièces du puzzle réunies ", ajoute l’homme fort d’Enstone.
Flavio Briatore croit en sa structure et à l’ensemble des talents présents à l’usine. Pour l’ancien patron des équipes championnes du monde Benetton et Renault, il s’agit avant tout d’un état d’esprit et d’une confiance à retrouver. La stabilité doit contribuer à installer une atmosphère génératrice de motivation et d’une soif de vaincre.
" Désormais, sur la partie technique, nous comprenons mieux qui est performant, qui l'est moins, qui travaille très bien et qui travaille moins bien ", explique Flavio Briatore. " Maintenant nous avons une vision claire. Avant, nous n'avions aucune vision claire parce qu'il y avait trop de changements. Maintenant, nous avons de la stabilité.
« Les gens doivent croire qu'il est possible de gagner. Ils doivent fournir tous les efforts. Et peut-être que nous avons ici d'excellents ingénieurs, mais ils n'ont pas encore pleinement montré leur potentiel. Je le pense. Notre directeur technique doit vraiment examiner cela de très près ", ajoute l’italien.
Si des progrès sont attendus sur la piste, Alpine se distingue par une santé commerciale impressionnante. Excellent en la matière, Flavio Briatore joue de son réseau et de celui de Renault pour signer des accords d’envergure. L’arrivée du sponsor titre Gucci – sous l’impulsion de Luca de Meo, ex-CEO du Losange – a marqué les esprits dans le paddock, avec une révolution marketing attendue. Moins commentés, d’autres accords ont été prolongés ou sont en discussion actuellement. Preuve de l’influence du flamboyant italien, le panel de partenaires inclut de nombreuses entreprises transalpines.
" Nous avons reconfirmé le sponsor, MSC reste avec nous pour encore 1 à 3 ans et Eni aussi pour encore 1 à 3 ans, donc nous créons une bonne base pour développer la voiture dans la bonne direction également. Nous négocions actuellement avec trois ou quatre marques différentes pour s'associer à nous ", révèle Flavio Briatore, toujours à The-Race.com. " Vous savez, quand on parle de sponsors, c'est toujours du business-to-business. Et ce qui est important sur notre voiture, c'est que l'association entre Gucci, Eni et MSC constitue un groupe d'entreprises incroyable. Toutes ces entreprises sont italiennes [et] je pense que nous avons une qualité de marques incroyable sur la voiture. "
Ces accords permettent de conforter la position financière d’Alpine en Formule 1. Grâce à ces revenus en plus de ceux liés à l’engagement sportif (prime de résultats et droits commerciaux, entre autres), le groupe Renault limite les coûts et peut même, à terme, espérer tirer du profit à l’image d’une structure comme Mercedes. Cela, sans prendre en compte l’exposition marketing dont le retour sur investissement est plus indirect et se compte en plusieurs millions d’Euros. Ce n’est donc pas pour rien que Renault ne souhaite pas vendre son écurie de Formule 1 et que son évaluation financière atteint des sommets.
" Nous avons une offre pour les 24 % d'Otro, avec une valorisation de 3,2. Donc nous représentons 40 % de la valorisation de Renault. Tout Renault vaut 8,3. Et nous travaillons sur 3,5. Donc nous représentons 40 % ou 50 %, [et] parce que lorsque vous parlez de Renault, vous parlez de Renault, de Dacia, d'Alpine, vous parlez de tout. C'est complètement fou. "
L’épilogue du dossier Otro reste d’ailleurs incertain. Renault cherche un partenaire actif pour contribuer à la montée en puissance de l’équipe, et non pas seulement profiter des revenus. Le Losange pourrait prendre son temps pour finaliser cet accord avec des candidats dont l’identité reste inconnue, même si la piste Christian Horner est souvent évoquée.
" Renault est en négociation. Du point de vue de l'équipe, pour moi cela ne change rien. Aujourd'hui nous avons Otro, demain nous aurons quelqu'un d'autre mais évidemment, nous préparons quelqu'un qui apportera quelque chose à l'équipe. Renault le sait ", précise à ce sujet Flavio Briatore.
Les voyants économiques sont donc au vert et avec un renforcement des performances sur la piste, Alpine montre un visage plus sérieux, serein, et crédible. C’est tout l’objectif pour un groupe Renault souvent mis à mal par la presse spécialisée. Flavio Briatore évolue en effet dans un environnement difficile avec une marque systématiquement pointée du doigt, même lors des glorieuses années. Un paradoxe alors que Renault est l’un des constructeurs les plus fidèles à la Formule 1 depuis son arrivée en 1977.
" Renault est quelque chose de très étrange, vous savez ", explique Flavio Briatore. " Quoi que fasse Renault, la presse considère toujours Renault comme n'étant pas sérieux en Formule 1. Je me souviens quand nous avons gagné le championnat avec Fernando. Nous avions une conférence avec Carlos Ghosn et un journaliste m'a demandé : ++Mais pensez-vous à vos finances ?++ Je lui ai répondu : ++Je suis champion du monde++, […] mais il y avait toujours des rumeurs. Pas sur nos résultats, mais : ++Renault, on ne sait jamais, Renault ne met jamais l'argent nécessaire++, et ainsi de suite. "
Il faut rappelé que Renault a, historiquement, beaucoup gagné avec moins d’argent et grâce aux soutiens financiers de nombreux partenaires. Elf a notamment fortement porté le Losange à une certaine époque tandis que les titres 2005-2006 sont connus pour avoir été remportés avec un budget bien moindre que ses principaux rivaux. C’est toute la prouesse, aussi, des équipes de Viry-Châtillon et d’Enstone de pouvoir rivaliser dans de telles circonstances. Sous l’ère hybride cependant, cela n’a pas été suffisant.
Au moins, Renault donne aujourd’hui une pleine autonomie à son équipe, souvent un gage de succès en Formule 1. La bureaucratie et la politique n’ont pas leur place dans un univers aussi rapide et compétitif que le sport automobile. Avec des revenus à la hausse, le budget permet d’avancer sereinement sans devoir rendre des comptes à la Direction du Losange, cependant toujours bien informée des progrès réalisés.
" J'avais l'habitude, lorsque nous avions l'équipe Renault, d'être complètement indépendant, [et] nous sommes complètement indépendants. Il faut juste un peu de temps. Au moment où vous gagnez la confiance du groupe, il y a beaucoup de procédures de conformité. Renault est aussi coté en bourse, et il y a donc beaucoup de règles de conformité ", rappelle Flavio Briatore. " Je pense que notre relation [avec François Provost] est très bonne parce qu'au final, une relation est construite par deux personnes qui veulent réussir, et j'ai énormément de liberté. Bien sûr, j'informe Renault de ce qui se passe, etc., etc.
« En ce moment, l'équipe bénéficie d'une grande liberté de la part du groupe Renault. François commence à comprendre la Formule 1. Il était important pour lui de voir l'usine et nous travaillons beaucoup mieux ensemble. Je suis assez heureux, je n'ai aucun problème particulier. Nous avons déjà suffisamment de problèmes, je n'ai pas celui-là en plus ", ajoute-t-il.
À la lumière des propos de Flavio Briatore, Alpine dispose de toutes les cartes pour avancer : des revenus importants, des investissements majeurs, une indépendance et un soutien palpables avec la Direction. Avec un groupe de talents dans une structure à optimiser, le A fléché installe sa crédibilité. Reste à débloquer la créativité et la soif de gagner. Avec l’italien au volant, ce n’est certainement qu’une question de temps.
"Reste à débloquer la créativité et la soif de gagner" Impossible avec le conservatisme légendaire d'Enstone.
En route vers un duo Oliver Rowland - Victor Martins chez Nissan ?
Alpine poursuit sa recherche de crédibilité pour avancer
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Alpine en attente d’une réaction, et vite !
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